« Au cœur de la ville, au cœur de la vie », hier et aujourd’hui.

1669, 14 ans après l’achèvement du Parlement de Bretagne, le prêtre normand Jean Eudes, fondateur du séminaire de Caen et de la congrégation des Eudistes, construit rue de l’Echange à Rennes un séminaire qui sera confisqué à la Révolution française et qui deviendra l’hôpital militaire Ambroise Paré jusqu’en 1995. Parmi les Pères Eudistes épargnés par la tourmente de la Révolution, le Père Charles Toussaint Blanchard, qui revient clandestinement à Rennes pour ouvrir au pont Saint Martin en 1811 une pension pour des jeunes en recherche de vocation qui suivent également les cours au Collège Royal (à l’époque le seul établissement secondaire à Rennes). C’est ainsi qu’il fonde en 1815 le pensionnat du Pont Saint Martin.

En 1828, Père Blanchard décide d’acquérir un terrain plus proche du Collège Royal et achète avec le Père Jérôme Louïs de la Morinière l’ancien couvent des Capucins rue d’Antrain. En septembre 1829, c’est la première rentrée des classes et la direction de Saint Martin est confiée au Père Louïs, qui a à cœur de faciliter l’inscription des familles de revenus modestes. Parmi les moments importants de la fondation, il faut ajouter le nom du Père Delanoë qui entreprend, entre 1848 et 1875, de remplacer tous les bâtiments, avec une gestion extrêmement rigoureuse, « en n’allumant qu’une chandelle quand il en fallait deux », disait-il. Au cours de ses vingt-six années de direction, le Père Delanoë fait œuvre de bâtisseur : le couvent des Capucins est démoli, le bâtiment principal et les petits bâtiments de la conciergerie sont construits, et la chapelle actuelle est édifiée d’après les plans du chanoine Brune, professeur d’archéologie chrétienne au grand séminaire de Rennes, entre 1868 et 1872. On admire toujours son clocher normand (choisi en raison des origines de Jean Eudes), le carillon de trois cloches qui sonnait l’angélus, les messes du dimanche et des grandes fêtes, son chemin de croix sculpté et les vitraux, avec l’archange St Michel qui pourfend un satan rouge flamboyant ; un gisant martyr de la foi, St Théophile, extrait des catacombes romaines et ramené de Rome par le Père Louïs en 1847. Le cœur du Père Blanchard est placé dans la chapelle derrière une plaque de marbre noir près de St Théophile. De l’ancienne chapelle et couvent des Capucins, il reste le puits toujours en place dans le sous-sol du bâtiment principal, l’ossuaire des moines recouvert de dalles de schiste bleu entre la chapelle et la sacristie, et la base d’une colonne du cloître près d’un contrefort de la chapelle.

Le Collège St Martin vit des années paisibles entre 1850 et 1880, après le vote de la loi Falloux. C’est en 1892 que l’établissement obtient son plein exercice d’offrir un enseignement secondaire de préparation au baccalauréat. Mais la fin du siècle va connaître, entre 1879 et 1905, pas moins de vingt lois hostiles à l’Eglise et à l’Enseignement catholique. Saint Martin est touché par l’éviction des congrégations religieuses en 1903. Le diocèse de Rennes supplée au départ forcé des Eudistes pendant dix-sept ans avec des prêtres formés à l’enseignement. Les abbés Barbotin et Cotel dirigent alors l’établissement. En 1906 le Collège Saint Martin est cependant officiellement mis en vente comme « bien d’Eglise ». C’est heureusement un ancien élève, le médecin Gustave Régnault à Rennes, qui le racheta avec ses deniers personnels, dans l’espoir de le remettre aux Eudistes quand ils seraient de retour. Cet homme dévoué, médecin des pauvres, était un condisciple à St Martin de Fulgence Bienvenue, l’ingénieur constructeur du métro de Paris en 1900.

Début du XXè siècle, alors exilés en Belgique, au Canada ou en Colombie, les Eudistes décident de répondre présents à l’appel de la mobilisation en 1914 et reviennent défendre leur pays. Pendant la 1ère guerre mondiale, une grande partie des locaux est transformée en hôpital militaire. A partir de 1920 les Eudistes reprennent à part entière le fonctionnement de l’établissement. Déjà à cette époque, au tout début du printemps, le magnolia de St Martin offre généreusement ses somptueuses fleurs blanches aux regards des passants de la rue d’Antrain. Pendant la 2nde guerre mondiale de 1939-1945, l’institution Saint Martin est occupée par les troupes du 41è Régiment d’Infanterie, puis par les officiers du 241 R.I. Transformé de nouveau en hôpital militaire pendant dix mois, Saint Martin est ensuite occupé aux trois quarts par les Allemands quelques jours après le 18 juin 1940. Avec le débarquement des Alliés, ce sont les Américains qui occupent ensuite les lieux et c’est en octobre 1945 que St Martin récupère ses locaux et que la vie scolaire peut reprendre normalement.

A partir de 1949, Saint Martin va connaître de grands changements, en raison des mutations structurelles sociales et culturelles. Les 25 pères eudistes en 1949 sont rejoints dans leurs tâches administratives d’enseignement, d’encadrement et d’éducation, par quelques laïcs. Les lois « Marie et Barangé » en 1951 et 1952 ouvrent l’accès des établissements secondaires privés aux boursiers nationaux. En 1953, la salle des fêtes ou « salle St Martin » est rénovée par un ancien élève, l’architecte Perrin ; elle sert à la projection de films, à des représentations théâtrales et aux cours de sport. La loi Debré 1959 propose aux établissements privés de souscrire un contrat aux conditions précises pour obtenir une aide financière de l’Etat. Le nombre d’élèves connaît alors une croissance rapide et le renouvellement des enseignants est important. En 1962 la construction dans la cour d’un nouveau bâtiment permet d’offrir aux élèves une salle de sport, des salles de classes et d’internat supplémentaires, sur les vestiges de la « via Ingena », voie romaine qui reliait Avranches à Carhaix à l’époque gallo-romaine. Plus tard, en mai 1968, le dialogue entre familles, équipes éducatives et direction, prépare l’évolution de St Martin et permet d’envisager la mise en place d’un cycle secondaire exclusif. En septembre 1968, c’est également la mixité qui se met en place sans problème. En 1975 St Martin est désormais un lycée privé d’enseignement général et technologique. La présence des Eudistes s’est réduite et leur maintien pose un problème en raison des contraintes horaires, des programmes et des travaux pratiques. L’enseignement religieux didactique ne peut plus être maintenu, mais une aumônerie interne à St Martin se met en place, offrant aux élèves un lieu de partage, de prière, de transmission des valeurs évangéliques héritées des Pères fondateurs. Dans les années 80 le lycée dépasse le millier d’élèves et accueille une centaine de professeurs ; les locaux sont agrandis et rénovés avec des laboratoires de sciences, un centre de documentation et d’information, un nouvel internat, une cantine gérée par un chef cuisinier et un personnel de cuisine et d’entretien compétents.

Dernière étape, en 2011, à la demande de l’Evêque Monseigneur d’Ornellas, la tutelle Eudiste accepte de reprendre l’établissement Ste Geneviève rue Ginguené, appartenant depuis 1880 à la congrégation des Sœurs de Rillé, puis sous tutelle diocésaine depuis 1975. La fusion des deux établissements le 1er septembre 2012 donne lieu au nouvel établissement « Collège-Lycée Saint Martin », liant le « quartier Ste Anne » pour la maison mère au « quartier Ste Geneviève ». Aujourd’hui, l’établissement Saint Martin, c’est  2010 élèves sur les deux quartiers, répartis de la 6è à la Tle, proposant un enseignement général L, ES, S et un enseignement technologique, ST2S et STD2A, avec une ouverture à l’international dans le cadre des sections européennes et orientales proposées aux élèves. Les Arts sont à l’honneur à St Martin avec les spécialités Théâtre, Cinéma, Arts appliqués, Histoire des Arts, Danse. C’est également un enseignement supérieur avec les BTS SP3S et Design d’Espace, la préparation au concours infirmier FCIL, un Internat filles et garçons de 185 élèves. Après 187 années, l’esprit des fondateurs de Saint Martin souffle toujours dans le cœur de ceux qui partagent son existence, avec conviction et dévouement pour la jeunesse qui lui est confiée, sans sélection et avec toujours le souci d’un accompagnement pédagogique de qualité.

Stéphanie Fouché, avec  l’aide précieuse des écrits de Père Louis Denis, ceux de Jean Noël Truet et du livre de Père Jego, « L’institution St Martin et les Eudistes à Rennes », 1954.

 

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